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Carnaval une Tradition

Ses origines

Le Carnaval est-il directement lié à la religion chrétienne ? Est-il d’origine africaine ? Tout cela est vrai et faux à la fois….

La plus ancienne tradition connue du Mardi Gras est celte, célébrée alors par les druides. Des historiens voient aussi l’origine du Carnaval dans les rites égyptiens de la fertilité. Comme illustrations, ils citent la fête d’Osiris destinée à marquer le reflux des eaux du Nil après les inondations. Il s’agissait de la célébration de la mort de l’hiver et de la renaissance de la nature. Les Romains et les Grecs faisaient de même sous l’appellation de «rites de printemps ».

Au moyen âge, l’église catholique essaie de supprimer les idées et traditions païennes. C’est ainsi qu’elle incorpore le rite de la célébration du printemps à son calendrier : c’est le Mardi Gras veille du Mercredi des Cendres qui marque le début du Carême. Ce dernier étant un temps de prière et de jeûne de 40 jours avant Pâques, le Mardi gras est donc le dernier jour où l’on peut manger gras. La manifestation se dénommera donc Carnaval mot qui vient de « carnelevarium ». C’est pourquoi dès le début, Carnaval a toujours été synonyme de fêtes, bals, orgies et déguisements. Le reste n’est plus qu’une question d’évolution et d’adaptation culturelle.

C’est au XVIIème siècle que nous trouvons les origines de notre Carnaval avec les cavalcades et mascarades bruyantes et joyeuses qui se produisaient sous le Gouverneur du Parquet à certaines occasions. Dès les premiers temps de la colonisation, les manifestations carnavalesques ont lieu dans l’Ile. Plus tard, ce déferlement sera interdit jusqu’en 1850 où Saint Pierre sera l’épicentre de l’explosion carnavalesque.

Au début, il s’agissait de fêtes organisées en l’honneur du Gouverneur Du PARQUET et de sa femme Marie BONNARD. Cavalcades et mascarades se terminaient au château de l’Habitation « La Montagne » à Saint Pierre, résidence du couple et lieu de gouvernement de l’Ile.

D’autres manifestations carnavalesques qui se pratiquaient en France seront introduites aux Antilles au cours du XVIIIème siècle. Ainsi le Charivari, qui consistait pour un groupe à venir faire du tapage sous les fenêtres de nouveaux mariés, est-il peut être à l’origine des « mariages burlesques » du Lundi Gras ? Le Charivari sera supprimé par mesure de sécurité publique, mais persista à Saint Pierre sous d’autres formes : tirs de fusées, feux d’artifices.

Le Carnaval se manifeste aussi chez les esclaves par imitation des maîtres. Dans leur quartier (rue Case-nègre), ils créent ainsi un Carnaval spécifique en y introduisant tambours, danses et croyances africaines.

Tout au long du XVIIIème siècle, le Carnaval a des hauts et des bas, des interdictions et même des éclipses. En 1765 le Gouverneur FENELON et l’intendant PEYNIER interdisent le Carnaval, car les esclaves en profitaient pour « courir les rues masqués et déguisés à des heures indues armés de bâtons ferrés, de coutelas et couteaux flamands ». Cette interdiction de réjouissances dans les rues, masqué et déguisé, se renouvellera au XIXème siècle, plus précisément jusqu’en 1850. Après cette date, les défilés dans les rues pendant la période de Carnaval reprennent en Martinique et à la Guadeloupe atteignant à la fin du siècle une importance considérable.

Quelques effigies carnavalesques

* Le maître de cérémonie, le Carnaval est placé sous l’autorité du roi du Carnaval, « Sa Majesté Vaval ». C’est un mannequin en bois, le plus souvent satirique, à l’effigie d’un politicien, d’un personnage en vue, ou d’une institution qui a marqué l’actualité de l’année. Il est promené dans toutes les rues en tête d’une foule en liesse et rythme les festivités du Carnaval. Aux côtés de Vaval défile une véritable cour, composée des reines du Carnaval somptueusement habillées, élues dans les différentes communes de l’île. Chaque commune élit une mini-reine (fillette entre 5 et 12 ans), une reine et une reine-mère (femme de plus de 60 ans).

* « Le Touloulou » est une dame habillée de manière élégante de la tête aux pieds. Ce sont normalement des femmes dont on ne voit pas un centimètre de peau. Elles portent un jupon, une cagoule, un loup et des longs gants. Pour ne pas être reconnues, les femmes vont jusqu’à mettre des lentilles colorées, des perruques et camouflent leur voix. Elles ne portent pas leur parfum habituel, achètent des paires de chaussures pour l’occasion qu’elles ne remettront pas et ne se déplacent pas avec leur véhicule pour garder l’anonymat le plus total. Elles défilent dans la rue et participent aux bals masqués, ce sont les touloulous qui invitent les hommes à danser. Ils ne peuvent refuser. Elles représentent les femmes bourgeoises des XVIII et XIX siècles.

* Les hommes et femmes d’argiles qui s’enduisent le corps de terre glaise et stoppent leur marche silencieuse pour ressembler à des statues.

* Les « Neg gwo siwo » quant à eux s’enduisent le corps de sirop de sucre de canne et viennent effrayer les enfants. * Les jeunes et leurs « brakjacs », vieilles voitures rebutées et relookées, elles sont trafiquées pour pétarader à souhait.

* Les groupes à pied sont constitués de leurs carnavaliers costumés et de leurs orchestres composés de percussions, complétés par des sections cuivres, ils sont suivis allègrement par une foule bigarrée qui chante à tue-tête des airs carnavalesques. N’hésitez surtout pas à les rejoindre….

* La musique des orchestres de rue est plutôt originale. Elle est produite le plus souvent à partir d’objets de récupération divers : bouteilles, bidons de tailles diverses frappés avec un bâton à l’extrémité rembourrée de tissu et de caoutchouc, calebasses pour le « chacha » garnies de graines de réglisse, bois-bambou et conques de lambis pour les sifflets etc…

Le Papa Diab’ du Mardi Gras

Figure mythique du Carnaval, le papa diab’du Mardi Gras répond à quatre constantes immuables :

le rouge de l’enfer les miroirs pour la connaissance • la sagesse • les cornes de bœufs pour la richesse temporelle

Un « papa diab » est un masque qui doit être harmonieux dans sa laideur. Il donne à celui qui le porte un pouvoir énorme. Toutes les audaces lui sont permises, il coupe le cortège, mène le vidé, attire tout le monde et donne une force inouïe. C’est lui le roi du Carnaval et c’est pourquoi « n’importe qui ne peut porter ce masque »…. Ce n’est qu’à partir du XIXème siècle qu’il est fait mention du diable rouge dans le Carnaval Martiniquais. Il est décrit à Saint Pierre comme vêtu de rouge et portant un masque hideux, couleur de sang et un bonnet dont les quatre angles sont formés par quatre miroirs, cette étrange coiffure est surmontée par une lanterne rouge. Il porte une perruque blanche en crins de cheval et déambule dans la rue entouré d’une cohorte d’enfants à qui il distribue bonbons et piécettes. Le décor est planté et le diable répond bien à ses caractéristiques : miroirs, crinière, aspect hideux contrebalancé par une distribution de bonbons aux enfants. Mais où sont les cornes de bœufs, gages de prospérité ?

A cette époque, le diable ne porte pas ou ne porte que deux cornes, par contre il traine derrière lui un bœuf, « le bœuf Mardi Gras » qui se doit d’être bien encorné. Très vite la fusion « bœuf Mardi gras » païen et diable chrétien s’opère pour ne produire qu’un seul personnage à tête de bœuf, portant miroirs, tout de rouge vêtu. La déambulation du diable ne se fait pas au hasard. Il s’arrête devant la porte de certains foyers et lance le redoutable « Abbi, abbi, abbi, caïman, mi-diab’là dewo ». Pour la troupe cela signifie qu’il fustige les habitants du lieu et montre leur turpitude à la société.

De nos jours, la chose s’est un peu désacralisée et tout un chacun porte le masque de « papa diab » sans trop savoir ce qu’il représente. Il n’en demeure pas moins vrai que le Mardi Gras est le point culminant du Carnaval et le masque de diable rouge une spécificité Martiniquaise

L’expression du peuple

Les chars des années soixante ont été remplacés petit à petit par d’énormes sonos suivies des vidés où les jeunes et les moins jeunes s’en donnent à cœur joie.

Le Carnaval-spectacle dans les années cinquante a donné lieu à de superbes parades de chars plus particulièrement à Saint Pierre ainsi qu’à Fort de France où toutes les communes participaient au grand concours de chars programmé durant les jours gras. Les thèmes abordés relevaient de références historiques comme l’empire Romain, l’armée de Napoléon, le drakkar des Vikings ou les caravelles de Christophe Colomb. Le thème des pirates et autres flibustiers revenait assez souvent. Il y avait également les héros de films tels que Tarzan, la Déesse de la jungle, Zorro etc…Les voyages interplanétaires étaient aussi évoqués, ainsi que des scènes bibliques :Ben Hur, les Dix Commandements, …

Dans un genre plus excentrique et plus sensuel, on retrouvait sur de très beaux chars des groupes d’appétissantes Amazones, des Princesses d’Orient ou des danseuses Brésiliennes. La réalisation de ces chars nécessitait des moyens financiers conséquents pour la création des décors, la réalisation des costumes des travestis, ainsi que pour la location des camions où tous ces éléments étaient agencés. Les orchestres dans les années quatre-vingt animaient encore les parades.

Les jours de réjouissances du Carnaval , chaque jour à son thème

* Honneur aux enfants qui paradent dès le lundi ou mardi la semaine précédant Carnaval en défilant dans les rues avec leurs écoles qui ont chacune un thème différent.

* Le samedi et le dimanche sont des journées libres où chacun s’habille comme bon lui semble.

* Le lundi est le jour des mariages burlesques, les hommes sont déguisés en femmes et les femmes en hommes.

* Le mardi gras, très tôt (dès cinq heures) : grand vidé en pyjama. C’est également le jour des diables rouges, tout le monde est vêtu de rouge et de noir et dès le début de l’après-midi, c’est le grand défilé costumé :des camions décorés transportant orchestres et personnes déguisées, des groupes à pied déployant de magnifiques costumes aux couleurs chatoyantes envahissent les rues qui retentissent alors de roulements de tambours, de chants, de musiques chaudes qui donnent à tous ceux venus regarder l’envie de se jeter dans cette foule trépidante et délirante pour vivre pleinement ces instants de défoulement.

* Le mercredi est la journée des cendres, ce jour-là diables et diablesses vêtus de blanc et de noir (couleur du deuil) défilent pour célébrer les obsèques de Vaval, dansant et chantant les biguines du grand vidé. A la fin de la journée, après avoir été exhibée dans toutes les rues, l’effigie de Vaval est brûlée dans un brouhaha indescriptible et ses cendres sont jetés à la mer sous les cris et les lamentations de la foule : Vaval mô, Vaval mô (Carnaval est mort), Vaval pa kité nou (Carnaval ne nous quitte pas).

* Enfin, le jeudi, la vie reprend son cours normal et chacun retrouve ses activités avec souvent les yeux rougis par le manque de sommeil et la fatigue, les pieds endoloris. Mais le cœur de chacun bat encore au rythme du son des tambours et on pense déjà au carnaval de l’année prochaine…

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