Le Nahoon

Description

Plonger sur le Nahoon ! la plongée incontournable…Aujourd’hui le Nahoon est une épave que la plupart des plongeurs niveau 2 (au minimum) connaissent, et ne se lassent pas de visiter !

Le 2 octobre 1993, après un parcours  tumultueux, le Nahoon, splendide 3 mats est immergé volontairement sur 36 mètres de profondeur. (après dépollution) Posé bien à plat sur le sable, rapidement colonisé par du corail et des éponges colorés, habité par une multitude de poissons, le Nahoon offre à la mer une magnifique seconde vie en qualité de récif artificiel.
Pour plonger sur le Nahoon, vous devez être niveau 2 au minimum. Une lampe ou un phare de plongée révéleront de splendides couleurs ! Mais n’ayez crainte, même sans lumière artificielle, vous verrez clairement la silhouette du bateau et ses habitants ! Après immersion, rapidement vous apercevrez le haut d’un des 3 mats du Nahoon. Ouvrez l’œil, souvent de beaux barracudas tournent autour de ce mat ! 18… 20 minutes de plongée… votre ordinateur affiche déjà des minutes de palier. Il est temps de remonter ! Le long du mat, vous pourrez apercevoir des petites langoustes nichées, des vers de feu sont présents, la brûlure peut être douloureuse ! Votre palier s’effectue le long d’un bout qui relie la surface. Profitez-en pour regarder autour de vous, le spectacle n’est pas fini !

Texte et photos ( sous marine exclusivement ) Muriel QURNIER

Résumé de l’histoire du Nahoon.

Le « Nahoon » est un voilier 3 mâts, à coque acier de 41 m de long. Il repose bien à plat par 35 mètres de fond. Il a été immergé volontairement par le COREMA (Comité Régional Martinique de Plongée) pour servir de récif artificiel et de site de plongée et depuis, il est devenu un incontournable pour tous les plongeurs de passage en Martinique.
C’est la longue histoire mouvementée des vies successives de ce bateau qui en fait tout l’attrait.
En 1909, un concours est ouvert pour la construction d’un nouveau baliseur destiné aux Phares et Balises de Gironde. Il aura comme caractéristiques : longueur de coque de 38,00 m, longueur hors tout 41,00 m, maître couple 6,80 m, tirant d’eau AV. 1,20 m, tirant d’eau AR. 2,82 m. Propulsion : 2 chaudières vapeur au charbon, 2 lignes d’arbre.
En mai 1911, le bateau est mis à l’eau et il est procédé aux essais, ils seront satisfaisants et le « Quinette de Rochemont » prend son service à Royan.
De 1911 à 1934, son service sera émaillé de diverses péripéties : le 11 février 1912, il est mouillé à Royan en rade foraine, un grain violent le fait s’échouer sur la plage de la Grande Conche. Le 14 mai de cette même année, il se rend au bassin à flots de Bordeaux pour charbonner, il éperonne et coule une yole. Le 7 septembre 1915, il récupère, dans l’estuaire de la Gironde, les passagers et l’équipage d’un bateau torpillé par un sous-marin allemand. Le 6 septembre 1919, il a l’insigne honneur de transporter à la Pointe de Grave M. le Président de la République, Raymond Poincaré qui va poser la première pierre du monument commémoratif de l’embarquement du marquis de Lafayette depuis ce rivage en 1777 et le débarquement des troupes américaines du Général John J. Pershing en 1917. Le 9 janvier 1924, un raz de marée sur la façade atlantique. A Royan, bon nombre de bateaux sont jetés à terre ou coulés, « le « Quinette de Rochemont » doit, grâce à l’habileté et au zèle de l’équipage que de graves avaries ont pu être évitées à cette importante unité « . C’est en ces termes que l’Inspecteur Général fait transmettre ses félicitations, par l’Ingénieur en chef, aux chauffeurs M…. et B…., au matelot D…. et à Monsieur D….. » .
Nouvelles affectations (Extrait de l’Ouest Eclair du 23 août 1934)
 » Le « Quinette de Rochemont » doit quitter Royan. Il part le 30 juillet 1934 à destination du Havre, son nouveau port d’attache où il intègre le service des Phares et Balises de la Seine Inférieure. Il est attendu au quai des remorqueurs, avant le 1er septembre 1934, au Havre pour remplacer le baliseur « Charles Ribière I » arrivé à limite d’usure. Le « Charles Ribière II » construit aux Chantiers de la Loire en 1933 assure sa relève.
Le 3 décembre 1940, le « Quinette de Rochemont » est réquisitionné par le Kommand Amiral de Paris pour une durée indéterminée.
En juillet 1941, la Kriegsmarine prétend le considérer comme butin de guerre. Le directeur du port du Rouen s’insurge sur ce principe de « butin de guerre » et le fait savoir à ses supérieurs hiérarchiques qui préfèrent rester dans le flou artistique. Le Hafenkommandant remet à son homologue français la déclaration de butin de guerre pour le « Quinette de Rochemont ».
1948 : compte tenu du développement des côtes de Madagascar, les Phares et Balises, envisagent d’affecter le Quinette de Rochemont aux Services des Travaux Publics de Madagascar. Une première étude de la refonte du bateau maintenait la propulsion à vapeur, mais prévoyait le remplacement de la chaudière, qui était hors d’usage, en fait, la propulsion sera assurée par : 2 moteurs diesel Sulzer de 240 CV munis de réducteurs inverseurs Messian, 2 groupes électrogènes de 30 KW. Les aménagements sont également revus pour permettre à l’équipage de vivre et de travailler à bord dans de bonnes conditions sous les tropiques, et le bateau est rebaptisé et prend le nom de « Masoala ». Pendant les travaux de refonte, Madagascar revoie sa demande et opte pour un bateau plus petit le Marius Moutet. La disponibilité du « Masoala » modifie l’affectation de l’ »Augustin Fresnel ». C’est le « Masoala » qui rejoindra Pointe à Pitre, son nouveau port d’attache. Il est pris en charge par la Compagnie des Messageries Maritimes qui assurera le convoyage.
1952 Il quitte le Havre le 23 avril 1952 à destination des Antilles avec une escale à Ténériffe, son arrivée est prévue pour le 19 mai. C’est sa première navigation depuis sa refonte; la réception provisoire des travaux de transformation a eu lieu le 17 avril et le convoyage est mis à profit pour tester les nouvelles installations. Il s’avère que les deux groupes électrogènes du bord ont été en avarie pendant cette première traversée. Ils seront remis en service avant le départ de Ténériffe fixé au 3 mai. Le « Masoala » est à quai à Pointe à Pitre le 16 mai dans l’après-midi avec trois jours d’avance sur l’horaire prévu. Le 18 mai 1952, il est pris en charge par le service des Phares et Balise de Guadeloupe. En 1957, il est rebaptisé « Caraïbe ». Pendant plus de 10 ans il a mis en place, maintenu et réparé le système de balisage des Antilles et de la Guyane françaises. Après plus de 50 années de service, il est désarmé. Il reste amarré au quai des Ponts et Chaussées à Fouilloles (Guadeloupe) et attend la suite des événements.
Le « Caraïbe » est vendu quelque temps plus tard, probablement en 1965, à un ferrailleur de Pointe à Pitre qui commence son œuvre de destruction. Les infrastructures sont déposées, les moteurs démontés et stockés dans un hangar, une toute petite partie du pont (quelques mètres carrés) est découpée.
1966 Contre toute attente, il sera sauvé de la destruction, le 22 septembre 1966, par Inés. C’est un cyclone de classe 3-4, il fait 25 morts et des dégâts considérables sur la Guadeloupe. Pendant le passage du cyclone, le « Caraïbe » rompt ses amarres et va s’échouer sur un banc de sable au milieu de la baie de Pointe à Pitre.
Son histoire aurait pu s’arrêter là si le destin n’avait pas mis Henry Wakelam sur sa route pour lui donner une seconde vie. La rencontre était pourtant peu probable, Henry Wakelam est né à Shangaï en 1931. La famille quitte Shangaï en 1938 pour la Malaisie.  En 1940, la guerre sino-japonaise oblige Harold, son père, à faire partir Henry et sa mère avec l’essentiel. Les hostilités les poursuivent, les raids aériens japonais se multipliant les obligent à fuir de nouveau, ce sera vers l’Afrique du Sud. D’embarquements aléatoires en camps de réfugiés, ils arrivent à destination. Ils s’installent dans un hôtel à Margate, à une centaine de kilomètres de Durban. Henry est scolarisé avec les autres enfants réfugiés. Un peu plus tard, ils s’installeront à Durban ou son père les rejoindra. Quelques années plus tard, ses parents quittent l’Afrique du Sud pour la Rhodésie, ils partiront seuls, Henry reste à Durban, il a 18 ans. De petits jobs en « débrouilles », il survit. Il construit son premier bateau, le « Wanda », petit sloop en bois, d’environ 7,5 m, c’est sa « maison » qui lui permettra de fuir les guerres et les injustices sans plus rien abandonner derrière lui. En 1956, Bernard Moitessier arrive à Durban à bord de « Marie Thérèse II », partageant les « même misères et les même idéaux », ils se lient d’amitié. De cette amitié naît le concept d’école de croisière; objectif : naviguer en remplissant la caisse du bord. Le 21 novembre 1957, ils quittent l’Afrique du Sud naviguant de conserve vers les Antilles, Henry sur « Wanda », et Bernard sur le « Marie Thérèse II. » Arrivés en Martinique, leurs routes se séparèrent, Henry continue vers l’Angleterre, Bernard vers Trinidad, il n’y arrivera pas, il s’échoue sur un haut fond au large de Saint Vincent (Grenadines). « Marie Thérèse II » sera entièrement détruite. Henry et Bernard après maintes aventures se retrouveront en décembre 1964 dans la baie de Fort de France à bord de nouveaux bateaux. Bernard et Françoise, son épouse, continuent vers le Pacifique, Henry et Ann, son épouse restent dans les Caraïbes.
C’est en 1966 en retournant vers l’Europe qu’Henry entendra parler de l’épave du « Caraïbe ». Après moultes négociations; il en prend possession et passera une dizaine d’années à transformer cette ancien baliseur en trois mâts, le « Nahoon ».
En 1976, ils lèvent l’ancre et descendent vers le sud, Martinique, Sainte Lucie, Saint Vincent, Béquia, Grenade, Trinidad et Tobago. C’est là que Babette, la nouvelle compagne qu’Henry a rencontré en Guadeloupe après le départ d’Ann, donne naissance à Valentine.
En 1978, ils sont de retour en Martinique. Pour alimenter la caisse du bord Henry a vendu un charter à des plongeurs. Le programme prévoit des plongées dans les Grenadines. Le charter est un fiasco complet. Le « confort » du bateau ne correspond pas du tout aux attentes du groupe. La destination, par manque de vent est oubliée, le bateau mouille à Sainte Lucie. Le retour sur Fort de France ne se fait pas dans la bonne humeur. Ce sera la seule expérience de charter du bateau.
A l’approche de la saison cyclonique le « Nahoon » est mouillé à Californie, sous la raffinerie de pétrole de la SARA.Début août 1979, le cyclone David, se déchaîne sur la Martinique. De 3 heures du matin à la fin de matinée, la famille à bord vit toutes les angoisses que vous imaginez. Les mouillages ont permis au « Nahoon » d’étaler le mauvais temps sans dégâts. Ce n’est pas le cas pour les autres bateaux du mouillage. Beaucoup ont été portés à terre.
Fin août de l’année suivante, c’est le cyclone Allen qui fait un « bis repetita », les mêmes angoisses à bord, mais tout se passe bien. Le « Nahoon » étant vraiment trop grand, Henry, décide de construire un nouveau bateau.
En 1984, le « Nahoon » est vendu à des Blancs créoles qui souhaitent en faire un restaurant. Jamais ils n’eurent les autorisations nécessaires et le bateau reste à l’abandon de longues années (une dizaine) au mouillage de Californie.
Dans les années 90, le COREMA (Comité Régional Martinique de Plongée) est à la recherche d’un bateau suffisamment grand, qui, une fois immergé, pourra servir de récif artificiel et de site de plongée. Les Affaires Maritimes, suggère au COREMA de s’intéresser au « Nahoon ». Il est devenu un point de rendez-vous de gens peu fréquentables. Les Affaires Maritimes, les douanes et les services de police, ne peuvent qu’appuyer le projet du COREMA. Après de longues démarches auprès des autorités compétentes, le COREMA est autorisé à réaliser son projet. Le « Nahoon » est dépollué : élimination des huiles moteur, nettoyage des soutes et démontage des aménagements intérieurs.
Le 2 octobre 1993, il est remorqué au sud de l’Anse Dufour, dans la baie de Fort de France, les vannes de fond de cales sont ouvertes, et le bateau commence sa 3ème vie. Il se pose bien à plat sur le fond de sable environ 35 m plus bas. Seul un des trois mâts à souffert de l’immersion, le « Nahoon » est à nouveau prêt pour sa nouvelle vie. Très rapidement, il devient un site incontournable pour les plongeurs de Martinique et d’ailleurs, venus profiter de la clémence de l’île. Mais, surtout et le plus important, le COREMA ne s’est pas trompé, le « Nahoon » a été colonisé très rapidement par toutes sortes de coraux, d’éponges et par une grande variété de poissons, dont un beau barracuda qui en assure le gardiennage.
Le « Nahoon » garde fière allure et si vous avez l’occasion de lui rendre visite, faite le avec respect, afin que pendant longtemps encore nous puissions admirer ce bateau qui ne veut pas mourir.
Le 20ème anniversaire de l’immersion du Nahoon. C’est le 2 octobre 1993, que le Nahoon est devenu une épave pour le plus grand plaisir des plongeurs Martiniquais et ceux de passage en Martinique. Le site est devenu rapidement une référence de plongée, par sa facilité d’accès, sa colonisation par la faune et par son état de conservation.

Extraits de  www.autrebord.pagesperso-orange.fr/

Une erreur sur la page ? Contactez-nous !